OVRSEA part chaque mois Ă  la rencontre de ses clients chargeurs pour Ă©voquer l'actualitĂ© du fret et de la logistique ainsi que les dĂ©fis Ă  venir. Cette semaine, rencontre avec VĂ©ronique Danciu, directrice transport monde d’Asteelflash Group, fabricant d’électronique français prĂ©sent dans le monde entier. Pour Le Chargeur, elle raconte son quotidien bouleversĂ© par la crise.

Bonjour Véronique ! Pouvez-vous vous présenter ?

Je suis la directrice transport import-export monde d’Asteelflash depuis presque 8 ans. J’ai l’international dans le sang : nĂ©e en France, j’ai grandi en Afrique, passĂ© mes Ă©tĂ©s en Angleterre, mes vacances de printemps en Italie quand j’étais jeune et dĂ©sormais je travaille aux Etats-Unis. Je connais en outre trĂšs bien le monde du transport, puisque j’ai passĂ© toute ma vie professionnelle dans ce secteur.

Asteelflash, c’est quoi ?

Nous sommes un EMS (Electronics Manufacturing Services) international dont le cƓur de mĂ©tier est la conception et la production d’ensembles et de sous-ensembles Ă©lectroniques. Asteeflash a Ă©tĂ© crĂ©Ă©e en 1999 par Gilles Benhamou, qui a rĂ©ussi, en Ă  peine vingt ans, Ă  atteindre le milliard d’euros de chiffre d’affaires. Si le groupe a Ă©tĂ© rachetĂ© fin 2020 par le sino-taĂŻwanais USI, nous avons conservĂ© notre indĂ©pendance. Nous sommes plus de 5000 salariĂ©s Ă  travers le monde.

Quels sont les caractéristiques de la société cÎté transports ?

Mon scope de directrice transport va de la cĂŽte ouest des Etats-Unis Ă  la cĂŽte Est de la Chine. Nous disposons de 17 sites de production Ă  travers le monde, dont 13 en Europe, mais aussi en Tunisie, en Asie et aux AmĂ©riques. Je dois donc veiller Ă  l’approvisionnement en composants de 17 usines, du point de vue du transport et des douanes, puis Ă  la rĂ©expĂ©dition Ă  travers le monde des produits assemblĂ©s. Ceci, bien Ă©videmment, avec le support d’équipes logistiques trĂšs dynamiques.

Quels sont vos grands sujets de prĂ©occupation en ce dĂ©but d’annĂ©e, qui est marquĂ© encore une fois par une incertitude gĂ©nĂ©ralisĂ©e ?

Toutes mes prĂ©occupations quotidiennes convergent depuis quelques mois vers la question de la capacitĂ©. Comment en trouver ? Comment Ă©viter les blank sailings de derniĂšre minute ? Pour tenir, il faut ĂȘtre proactif comme jamais. Or nous avons appris Ă  l’ĂȘtre trĂšs tĂŽt puisque le Covid a menacĂ© notre site de production chinois dĂšs la fin 2019. Nous avons Ă©tĂ© parmi les premiers Ă  sentir monter la vague et Ă  nous adapter.

De quelle façon ?

Nous avons par exemple tout de suite rallongĂ© nos lead times dans nos systĂšmes. Je savais que nous allions devoir attendre de plus en plus pour obtenir de l’espace dans les airs et que la demande allait se reporter sur le maritime. En revanche, le comportement obscĂšne des compagnies maritimes par la suite, nous ne l’avions pas vu venir


Comment cette crise sans prĂ©cĂ©dent a-t-elle modifiĂ© votre façon de piloter les transports d’Asteelflash ?

Cette crise a changĂ© en profondeur notre mode de fonctionnement. Avant, j’avais une organisation bien huilĂ©e avec des appels d’offre annuels et des nĂ©gociations aĂ©riennes et maritimes pour un an. DĂ©sormais, je travaille au jour le jour et Ă  la cotation pour 17 sites Ă  travers le monde. L’augmentation de la charge de travail est Ă©norme et mon rĂŽle consiste plus que jamais Ă  absorber l’incertitude et le stress du transport, en Ɠuvrant en coulisses pour prĂ©server les autres Ă©quipes et partenaires sur toute la chaĂźne. C’est aussi pour cette raison que je rĂ©dige une newsletter afin de montrer et expliquer la rĂ©alitĂ© du transport d’aujourd’hui. Je voulais que le transport ne soit pas oubliĂ© dans notre entreprise et chez nos clients.

Les contraintes sanitaires ont-elles rendu plus difficile la gestion d’équipes dissĂ©minĂ©es Ă  travers le monde ?

Oui. AprĂšs deux ans sans pouvoir voir mes Ă©quipes, je commence Ă  avoir des fourmis dans les jambes. Se rendre sur les sites de production ou les quais, discuter en face Ă  face, j’en ai besoin. MĂȘme si les plateformes digitales ont changĂ© la donne et sont devenues incontournables, le contact humain reste essentiel dans notre mĂ©tier.

Pour ne rien arranger, vous ĂȘtes frappĂ©s de plein fouet par la pĂ©nurie mondiale de semi-conducteurs. Avez-vous pu Ă©viter les ruptures d’approvisionnement en aval ?

Nous subissons les ruptures d’approvisionnement comme l’ensemble du marchĂ© et de l’industrie. Il y a de forts retards de livraison mais nous arrivons Ă  trouver des solutions avec nos clients en Ă©tant plus flexibles au niveau de la production et avec le support de nos partenaires. La pĂ©nurie de composants Ă©lectroniques reste une dure rĂ©alitĂ© quotidienne et nous n’anticipons pas de nette amĂ©lioration avant 2023.

Comment voyez-vous cette année 2022 ?

En novembre dernier, je commençais Ă  anticiper un retour Ă  la normale pour dĂ©but 2022. Ma stratĂ©gie Ă©tait prĂȘte : nĂ©gocier les BSA aprĂšs les JO de PĂ©kin et mettre en place un plan sur 6 mois. Et Omicron est arrivĂ©, tout s’est dĂ©gonflĂ© comme un ballon de baudruche. Nous sommes en stand-by. Entre la crise des composants et celle du transport, il y a des jours oĂč je passe mon temps Ă  Ă©teindre des incendies opĂ©rationnels. Mais je garde espoir, nous devrions y voir plus clair au printemps !